Aller au contenu principal
Fermer

«Pétro-yuans : la guerre commerciale étendue au front pétrolier ?»
information fournie par Le Cercle des économistes 09/04/2018 à 10:40
Ajoutez Boursorama à vos sources préférées

Patrice  Geoffron
Patrice  Geoffron

Patrice Geoffron

université Paris-Dauphine

Professeur d'économie

https://www.dauphine.psl.eu/fr/index.html

Depuis la fin mars 2018, la bourse de Shanghai traite des contrats à terme pétroliers libellés en yuans, attaquant le monopole du dollar pour ces transactions, cœur de l’emprise américaine sur les flux monétaires internationaux. (crédit : Fotolia)

Depuis la fin mars 2018, la bourse de Shanghai traite des contrats à terme pétroliers libellés en yuans, attaquant le monopole du dollar pour ces transactions, cœur de l’emprise américaine sur les flux monétaires internationaux. (crédit : Fotolia)

Depuis la fin mars, la Bourse internationale de l'énergie de Shangaï propose des contrats à  terme sur le pétrole libellés en yuans, la devise chinoise. Il s'agit d'une révolution dans le monde pétrolier dont la principale devise de référence était jusqu'à présent le dollar. Est-ce pour autant la fin des pétrodollars ? Patrice Geoffron explique les conséquences à long terme de l'initiative chinoise.

Dans l'hystérisation des tensions commerciales de ce début d'année, les hydrocarbures auraient pu représenter une zone de «neutralité». Comme le Président Trump a fait sien le "drill, baby, drill!" républicain, appelant à forer tous azimuts, la demande chinoise est clé : directement, comme débouché pour les exportations de gaz naturel ou, indirectement, en soutenant les cours du baril. Néanmoins, la bataille pour le leadership n'épargnera pas les hydrocarbures, et cela du fait d'une offensive chinoise sur ce front. Depuis la fin mars 2018, la bourse de Shanghai traite des contrats à terme pétroliers libellés en yuans, attaquant le monopole du dollar pour ces transactions, cœur de l'emprise américaine sur les flux monétaires internationaux.

L'Iran accepte des transactions en yuans depuis 2012

A partir du début des années 1970, selon les termes d'un accord passé entre le Président Nixon et le Roi Fayçal d'Arabie, le dollar s'est imposé comme référence des transactions pétrolières, concourant à sa suprématie comme monnaie de réserve internationale. Mais depuis quelques années, la Chine joue de son pouvoir de premier importateur pour conduire ses fournisseurs à libeller leurs contrats en yuans (ses achats ont encore augmenté de 10% en 2017, culminant à 8,4 millions de barils/jour).

Comme, à l'inverse, les États-Unis consomment de plus en plus la production nationale, leur primat s'effrite (7,9 millions de barils/jour importés en 2017). Pour contourner les sanctions américaines, l'Iran a accepté dès 2012 des transactions en yuans, de même que la Russie depuis 2014 (ainsi qu'en roubles) et le Venezuela en 2017, l'Angola étant susceptible de compléter la liste en 2018.

Mieux gérer le risque de change

Une tentative antérieure de la Chine pour introduire de tels contrats à terme, au début des années 1990, avait échoué en raison de prix erratiques n'apportant aucun service réel. Mais, cette fois-ci, l'affaire a été mieux pensée : le marché est ouvert aux étrangers (20 courtiers sont présents, dont Glencore et Trafigura) rassurés par la convertibilité des contrats en or.

Les objectifs sont doubles : les négociants chinois ont le souci de mieux gérer des risques de change qui portent sur 300 milliards de dollars d'imports par an ; la Chine cherche à établir une norme complémentaire à celle du Brent en Europe et WTI aux États-Unis. A retenir que, pour les métaux, la référence chinoise du SHFE s'est imposée au côté du LME européen.

Effets paradoxaux de la stratégie américaine

Même si certains analystes américains annoncent un «effet domino» avec la fin de l'ère des pétro-dollars, dès lors que l'Arabie Saoudite acceptera de migrer vers le yuan, une telle perspective reste hypothétique à ce stade et les buts chinois sont à plus long terme. Mais, plus intéressant sans doute, se dessinent les effets paradoxaux de la stratégie américaine de «puissance énergétique» : pour les opérateurs «historiques» d'hydrocarbures (moyen-orientaux, russes, africains, latino-américains), l'Amérique est désormais un redoutable concurrent plutôt qu'un client privilégié, de sorte que le «consentement à payer» en dollars est moins mécanique ; par ailleurs, en accroissant la concurrence, les États-Unis tirent les prix du pétrole et du gaz vers le bas, au bénéfice des importateurs massifs (Chine, Inde et Europe) qui sont ses rivaux dans la globalisation. Ce qui vient confirmer que, dans la bataille pour le leadership, deux logiques s'affrontent : l'éruptif «America First !» et la lente construction d'une «Route de la Soie».

Patrice Geoffron, Professeur à l'université Paris-Dauphine, membre du Cercle des économistes

Valeurs associées

89,30 USD Ice Europ +1,62%
83,25 USD Ice Europ +1,17%

1 commentaire

  • 19 avril 08:56

    pour de nombreux chinois, cela leur ouvre une porte à une diversification. En effet, pour des sociétés chinoises, il est souvent difficile de détenir des monnaies étrangères, voire des actifs en monnaies étrangères. Ceci va réduire l'influence du billet vert, mais va accroître la pression sur les cours


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Des opérateurs financiers travaillent dans une salle de marché de la Hana Bank à Séoul le 31 juillet 2026 ( AFP / GREG BAKER )
    information fournie par AFP 11.08.2026 23:00 

    Les Bourses mondiales sont restées prudentes mardi, dans l'attente de publications clés sur l'inflation aux Etats-Unis, les investisseurs continuant par ailleurs de scruter la situation au Moyen-Orient et la volatilité des cours du pétrole. A New York, le Dow Jones ... Lire la suite

  • Un opérateur à la Bourse de New York, le 4 août 2026 ( AFP / TIMOTHY A. CLARY )
    information fournie par AFP 11.08.2026 22:44 

    La Bourse de New York a terminé en baisse mardi, dans l'attente de publications clés sur l'inflation américaine qui permettront aux analystes d'affiner leurs anticipations sur la politique monétaire de la Fed, la banque centrale américaine. Le Dow Jones a perdu ... Lire la suite

  • Air Force One sur le tarmac avant le départ du président américain Donald Trump de l'aéroport Esenboga d'Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026, après sa participation au sommet de l'Otan ( AFP / SAUL LOEB )
    information fournie par AFP 11.08.2026 22:29 

    Le président des Etats-Unis exfiltré dans un conteneur de ravitaillement vers un autre avion, tandis qu'Air Force One décolle avec à son bord une douzaine de journalistes persuadés, à tort, de voyager avec Donald Trump... Les révélations du Washington Post sur ... Lire la suite

  • Un opérateur à la Bourse de New York, le 4 août 2026 ( AFP / TIMOTHY A. CLARY )
    information fournie par AFP 11.08.2026 22:10 

    La Bourse de New York a terminé en baisse mardi, dans l'attente de publications clés sur l'inflation américaine qui permettront aux analystes d'affiner leurs anticipations sur la politique monétaire de la Fed, la banque centrale américaine. Le Dow Jones a perdu ... Lire la suite

Mes listes

valeur

dernier

var.

89,3 +1,62%
8 714,94 -0,13%
0,596 +14,84%
Or
4 368,48 -0,47%
76,59 +1,39%
Chargement...